Les premiers Trophées ouvrent la voie à une intelligence collective

Le 14 mai 2019, à Grenoble, les premiers Trophées de la Paix économique ont mis en lumière le cheminement d’entreprises innovantes dans le champ de la paix économique. Dominique Steiler, titulaire de la chaire Paix économique, Mindfulness et Bien-être au travail, à Grenoble Ecole de Mangement, rappelle l’esprit des Trophées et dessine les contours de « l’après trophées ». Entretien.

 

trophees_paix_economique_bruno_moyenLa chaire Paix économique et ses partenaires sont les instigateurs de ces premiers Trophées. Quel esprit a présidé à l’événement ?

Rappelons le caractère inédit des Trophées de la Paix économique : la chaire n’a pas pour ambition de remettre un prix en tant que tel, ni de séparer les « bons » des « mauvais » candidats aux Trophées. La chaire n’a pas non plus l’objectif de récompenser un projet abouti. Ceci, pour deux raisons essentielles : d’une part, il peut être « facile » pour une organisation de se présenter sous son jour le meilleur et tomber ainsi dans l’écueil du « greenwashing » ; d’autre part, les Trophées sont d’abord conçus comme un encouragement à la mise en acte, et non à la glorification d’un résultat. L’aboutissement devrait éclore du chemin parcouru.

À Kingersheim, la bienveillance a acquis droit de cité

Grenoble Ecole de Management organisait le 14 mai ses premiers Trophées de la Paix économique, pour valoriser le déploiement de projets axés sur le bien-être au travail et l’innovation dans les relations entreprises — structures publiques — société. 75 entreprises, collectivités, associations françaises et étrangères ont déposé une candidature, et 10 ont été récompensées. L’article ci-dessous présente le projet de la ville de Kingersheim, lauréate dans la catégorie Développement de la personne, pour les organisations de 1 à 249 salariés

Ouvrir aux agents municipaux des formations à la méditation pleine conscience, pour créer un climat de paix intérieure et de bienveillance qui diffusera vers toute la commune. C’est la démarche de la ville de Kingersheim, près de Mulhouse, dont 50 agents ont déjà suivi un cycle de huit semaines animé par un formateur interne.

À Kingersheim comme ailleurs, la bienveillance ne tombe pas du ciel. Jo Spiegel, maire de cette commune alsacienne, s’est attaché depuis des décennies à en faire une ville pionnière de la démocratie participative. Il ne « fait pas tout seul», mais associe les citoyens aux décisions importantes, dans des conseils participatifs qui ont mobilisé au total 1000 habitants en dix ans. En 2018 encore, des réunions de quartier en ont rassemblé 350 pour constituer un cahier de doléances et un « cahier de bienveillance » sur leurs motifs de satisfaction. La qualité du service public et l’accessibilité des élus y figurent en première place.


Des liens apaisés mais pas d’objectif de performance

Patrick Viveret jury Franck Pluss Ville Kingersheim Frederic Dufau Joel jury Copyright Bruno Moyen BRU 0393C’est sur ce terreau fertile qu’est né le projet de formation des agents municipaux à la méditation pleine conscience. Franck Plüss, responsable du service culturel et lui-même méditant et formateur, a proposé à tous des séances hebdomadaires de deux heures pendant huit semaines.

« La méditation aide à se reconnecter à son intériorité et à devenir plus bienveillant envers soi-même. C’est une première étape pour tisser des liens apaisés avec les collègues, les usagers et l’entourage». En revanche, l’objectif n’était pas de faire de la formation « productive » pour rendre les agents plus performants. « J’avais clairement fixé cette règle avec le maire».

De gauche à droite: Patrick Viveret - esayiste, philospphe - membre du jury, Franck Plüss - Responsable du Service Culturel Ville de Kingersheim , Frédéric Dufau-Joël - Responsable SI La Boîte à Outils - membre du jury, copyright Bruno Moyen

Au départ, il y a eu à la fois de la demande, voire une adhésion franche, mais aussi des réticences. Certains estimaient que ces cours pendant le temps de travail gênaient le fonctionnement collectif. D’autres percevaient la pleine conscience comme ésotérique, religieuse, hippie ou bobo.

Un premier cycle de 16 personnes a démarré à l’automne 2017. Puis un deuxième, un troisième, un quatrième. Mi-2019, une cinquantaine d’agents de cette commune qui en compte 160 avaient suivi les huit semaines de cours. « Ce serait plus simple sans les contraintes d’horaires, estime Franck Plüss. Les équipes d’entretien travaillent tôt le matin et tard le soir, les policiers peuvent être appelés à tout moment, etc.»

Du mammouth au caméléon, Veolia fait sa révolution culturelle

Grenoble Ecole de Management organisait le 14 mai ses premiers Trophées de la Paix économique, pour valoriser le déploiement de projets axés sur le bien-être au travail et l’innovation dans les relations entreprises — structures publiques — société. 75 entreprises, collectivités, associations françaises et étrangères ont déposé une candidature, et 10 ont été récompensées. L’article ci-dessous présente le projet de Veolia Centre-Est, lauréate ex-aequo dans la catégorie Développement des relations et des styles de management, pour les organisations de 250 à 5000 salariés

Après avoir enregistré en 2016 le premier exercice non bénéficiaire de son histoire, Veolia Eau France a bousculé son modèle pyramidal au profit d’une organisation agile qui privilégie l’initiative individuelle et la proximité avec le terrain. Autour d’un slogan audacieux, «Osons l’entreprise joyeuse», le projet Osons 20/20 est déployé partout en France, notamment en région Centre-Est.

« On est un mammouth, il faut devenir un caméléon». C’est Frédéric Van Heems, DG de Veolia Eau France, qui a eu cette formule en 2017 pour signifier l’importance des changements à accomplir. L’entreprise voyait reculer sa rentabilité depuis plusieurs années. Et ses réorganisations successives, axées sur des resserrements de l’organigramme (100 centres régionaux, puis 35, puis 21), n’avaient pas stoppé la tendance.


«
 Les méthodes venues d’en haut ne marchaient plus »

Ghuilem Garrel jury Veolia Ghesline Pras Franck Gonnord Naima Korchi Jury copyright Bruno Moyen BRU 0474« Il fallait tenter quelque chose de différent, commente Cyril Chassagnard, directeur de la région Centre-Est. Les règles, les procédures, les méthodes venues d’en haut ne marchaient plus ; nous avons misé sur la responsabilité, l’intelligence collective et la primauté du terrain. »

Veolia Eau France s’est réorganisée en 2017 autour de 67 territoires et 9 directions régionales. Elle a allégé la hiérarchie, encouragé la transversalité et le travail en projet. Les territoires, qui vivent au contact du client, sont devenus la pierre angulaire de l’organisation ; ce sont eux qui définissent leur plan d’action commercial et budgétaire, dans un cadre qui leur laisse beaucoup de liberté. Le rôle des directions régionales n’est plus de piloter ces territoires mais de les épauler, etc.

De gauche à droite: Guilhem Garrel - membre du jury, Ghesline Pras - Directrice Territoire Isère Veolia Centre Est, Franck Gonnord - Responsable d’équipe territoire Isère-Savoie Veolia Centre Est, Naïma Korchi - membre du jury, copyright Bruno Moyen

Institut de l’Engagement : ouvrir des « voies républicaines » aux jeunes les plus engagés

Grenoble Ecole de Management organisait le 14 mai ses premiers Trophées de la Paix économique, pour valoriser le déploiement de projets axés sur le bien-être au travail et l’innovation dans les relations entreprises — structures publiques — société. 75 entreprises, collectivités, associations françaises et étrangères ont déposé une candidature, et 10 ont été récompensées. L’article ci-dessous présente l’Institut de l’Engagement, prix spécial du jury pour les organisations de 1 à 249 salariés

Venus de tous les horizons mais réunis par leur sens de l’engagement citoyen, les 700 jeunes lauréats retenus chaque année par l’Institut de l’Engagement bénéficient d’un accompagnement personnalisé pour intégrer une formation, chercher un emploi ou créer leur activité. 90 % d’entre eux atteignent leur objectif.

Pour comprendre la démarche de l’Institut de l’Engagement, il faut se pencher sur l’étonnante diversité de ses lauréats. On trouve parmi eux des garçons et des filles, des ados de 16 ans et des adultes de 30 ans, des jeunes des cités et des beaux quartiers, des « décrocheurs scolaires » et des titulaires de masters, des Français et des dizaines d’autres nationalités…

Parmi les partenaires : Total, l’Oréal, des grandes écoles, les IEP…

Pres honneur Alan Doss jury Bernard Miyet Insti Engagement Helene Vincent jury Zoe Leycure jury Ghuilem Garrel Copyright Bruno Moyen BRU 0668« Deux choses les réunissent, explique Claire de Mazancourt, directrice générale. D’abord, ils ont montré leur engagement en réalisant un service civique, un service volontaire européen, un volontariat de solidarité internationale, ou en s’impliquant durablement comme bénévoles. Ensuite, ils ont un projet de formation, d’accès à l’emploi ou de création d’activité. Notre rôle est alors de leur ouvrir ce qu’on peut appeler des voies républicaines. »

L’Institut, né en 2012 et présidé par Martin Hirsch, a mobilisé à ses côtés quelque 300 partenaires. Des entreprises comme Total, L’Oréal, BNP Paribas ou Bouygues ; des collectivités locales, des associations, des fondations ; et des universités, des grandes écoles d’ingénieurs ou de management, et la majorité des IEP. S’y ajoutent 2000 bénévoles.

Les lauréats qui ont passé le cap de la sélection sur dossier, puis celui de l’entretien, trouvent donc de multiples appuis pour concrétiser leur projet. Ils sont parrainés, conseillés, guidés dans leur démarche, mis en relation avec les partenaires, accèdent parfois à des bourses.

De gauche à droite: Alan Doss - Président de la Fondation Kofi Annan - Président d'honneur des Trophées de la Paix économique, Bernard Miyet - Président de l'Association pour les Nations Unies - membre du jury, Helene Vincent  - Directrice Grand Sud Est Institut de l'Engagament, Zoé Leycure et Guilhem Garrel - membres du jury, copyright Bruno Moyen

Les Vals du Dauphiné veulent devenir un « territoire de paix »

Grenoble Ecole de Management organisait le 14 mai ses premiers Trophées de la Paix économique, pour valoriser le déploiement de projets axés sur le bien-être au travail et l’innovation dans les relations entreprises — structures publiques — société. 75 entreprises, collectivités, associations françaises et étrangères ont déposé une candidature, et 10 ont été récompensées. L’article ci-dessous présente le projet collectif porté par les Vals du Dauphiné, lauréats dans la catégorie Développement des parties prenantes, pour les organisations de 250 à 5000 salariés.

Situés entre Grenoble, Lyon et Chambéry, les Vals du Dauphiné veulent devenir un « territoire de paix », attractif et épanouissant pour ses habitants et ses salariés. Un dispositif atypique y a été créé par la sous-préfecture, la communauté de communes, une association patronale et trois entreprises locales. Avec comme premiers leviers d’action le management et le bien-être au travail.

La liste des partenaires du projet dauphinois, baptisé LIBERTE*, pourrait passer pour un inventaire à la Prévert. Mais les actions mises en place et la capacité d’innovation du groupe ont vite raison de cette première réaction. Ce territoire rural de 62 000 habitants sait où il veut aller, s’empare des opportunités qui se présentent et les exploite avec inspiration.

Du bien-être au travail à la qualité de vie du territoire

 Les Vals du Dauphiné : jury Gilles Vermot Desroches jury Zoé Leycure copyright Bruno Moyen BRU 0619« Tout est parti de la rencontre entre la sous-préfecture et la communauté de communes des Vals du Dauphiné (VDD), née en 2017 de la fusion de quatre intercommunalités, raconte Thomas Michaud, sous-préfet de l’arrondissement de la Tour-du-Pin. Cette dernière a opté pour un modèle de type entreprise libérante, avec une hiérarchie allégée et une priorité au bien-être au travail. Je souhaitais faire évoluer le management de l’État et inciter les entreprises à s’engager pour le bien-être au travail. Nous avons décidé de construire ensemble un dispositif reposant sur des valeurs partagées. »

En quelques mois, les partenaires ont élaboré un projet qui prend sa source dans l’épanouissement des salariés mais porte des ambitions bien au-delà. En effet, il englobe aussi la performance des entreprises et des organisations, l’attractivité du territoire et la qualité de vie de tous ses habitants.

De gauche à droite: Gilles Vermot-Desroches - Directeur Développement Durable Schneider Electric - membre du jury, Serge Boudrier - Président du Gicob, Hervé Garcia - Entreprise Serge Ferrari, Fany Allarousse - Les Vals du Dauphiné, Rodolphe Alvarez - member of Executive Board,Porcher Industries, Guy Delubac - DRH Porcher Industries, Bertrand Beroud - Gérant Playgones, Nicolas Lovera - Gérant Playgones, Zoé Leycure, Etudiante Grenoble Ecole de Management - membre du jury, copyright Bruno Moyen

Une communauté de pratiques des dirigeants des 6 structures est lancée. Ils se retrouvent régulièrement pour soutenir le projet et l’orienter sur une trajectoire commune et une vision partagée.

Un cycle d’éveil, des conférences suivies d’ateliers pratiques, est créé pour 25 managers  : intelligence collective et émotionnelle, communication non violente, performance durable… Ils bénéficient aussi d’une communauté de pratiques pour partager leur expérience et faire évoluer leurs structures. Un cycle de formation à la méditation pleine conscience est également prévu.

Pour faire rayonner la démarche, les conférences sont ouvertes à toutes les entreprises et aux territoires voisins.

 


 

 

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